De gras et d’os

Quand quelqu'un revient de vacances, il rapporte généralement à ses amis des petits quelque chose du coin : une carte postale, un écusson, des chocolats, une petite attention qui fait toujours plaisir. Nous, on nous rapporte une boite remplie d'immondices, un fatras de bestioles tellement répugnantes qu'on se demande encore comment elles ont pu passer la douane.Vers de bambou, criquets géants suintant d'huile et même une grenouille noircie, peut-être simple victime collatérale d'une friture non surveillée. Âmes sensibles s'abstenir. Malheureux pour nous car il va bien falloir les goûter malgré un certain dégoût autant visuel qu'olfactif. D'un autre côté, pour le coup que c'est un vrai produit typique de Thaïlande, l'un des pays où l'enthomophagie est la plus répandue.

Microcosmos 2 : l'hécatombe

Microcosmos 2 : l'hécatombe

Cet assortiment n'est peut-être pas agréable à regarder et dégage une odeur de vieille graisse brûlée, mais au moins il est varié. En plus de la vilaine grenouille, on trouve trois sortes d'insectes : des vers de bambous, un gros grillon et des criquets, dont un spécimen de grande taille. Il pourrait tout aussi bien s'agir de sauterelles, mais comme ces insectes proviennent directement du marché, point d'emballage ou d'étiquette. Les criquets et les sauterelles se distinguent par la taille de leurs antennes et leur régime alimentaire, ça ne nous aide pas du tout. Les antennes ont dû tomber à la cuisson ou lors du transport et je doute qu'on puisse trancher par le contenu de leurs minuscules estomacs frits. D'ailleurs est-ce que les insectes ont un estomac ? Si oui on l'espère vide.

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Hors-d'œuvres variés

Hors-d'œuvres variés

Ces petits en-cas proviennent d'un marché thaïlandais et il vaut mieux aussi éviter de se poser des questions sur l'hygiène. "Heu ... vu l'odeur de graillon vous êtes sûr qu'ils changent l'huile parfois ?".  Qu'est ce que j'ai dit ? Pas de question ! Ce ne sont pas nos premiers insectes , et on sait à quoi s'attendre. Presque une promenade de santé même si ça nous fait toujours un petit quelque chose de les voir. Par contre on appréhende vraiment pour la grenouille et pour les deux gros insectes qui pourraient bien cacher sous leur carapace croustillante un liquide immonde et gluant prêt à remplir nos bouches au premier coup de dents. Brrrr.

 

Non non ne me mangez pas !

Assoyez-vous, cricket

Les insectes sont étonnamment bien conservés, on s'attendrait presque à les voir sauter hors de la boite. C'est fou le nombre de petits détails que l'on distingue : les petits piques sur les pattes, les mandibules, les renforts de carapaces, ... et les petits yeux qui supplient : "Oh non monsieur, ne me mangez pas la tête". Mwuhahahaaa mais si on va te manger, et on va faire durer le plaisir, te démembrer morceau par morceau, t'arracher les ailes, les pattes, et séparer ton thorax du reste de ta misérable carcasse ... Ça vous fait rire les vers ? Pour la peine on commencera par vous.

 

bangKok Fried Criquet

bangKok Fried Criquet

Cela fait à peine trois mois depuis notre sombre expérience de la boite de vers de bambou rapportée par Kephy de Thaïlande et le souvenir de la purée blanchâtre molle à l'intérieur de certains individus est encore vivace dans nos esprits et nos cauchemars. Autant dire qu'on n'était pas spécialement pressés de retenter l'expérience. Contre toutes attentes ces trains express ci sont bien meilleurs. Pas d'entrailles liquéfiées, pas trop salés ou trop huileux et l’assaisonnement leur donne un meilleur goût. Ne vous trompez pas, ça reste croustimou (croustillant et mou à la fois), gras, insipide voire parfois mauvais, mais quand même moins pire que ceux de Kephy.

 

Ceci n'est pas une pipe

Ceci n'est pas une pipe

Le criquet par contre est pas mal. Plus croustillant et l’assaisonnement, sans donner des tonnes de goût, rend l'ensemble mangeable. Les pattes arrières se mâchent facilement malgré les petits piques, mais n'ont quasiment pas de goût. La queue est membraneuse et plus molle, assez proche de la texture des vers. Le thorax est du même style et la tête plus solide. Encore une fois, le sel sauve les meubles. Mangé d'un coup cela donne une sorte de chips croustillante et salée mangeable mais sans grand intérêt gustatif.

 

C'était un grillon, qui s'appelait Dudule

C'était un grillon, qui s'appelait Dudule

Le gros grillon est assez proche du criquet au niveau des textures et du goût, enfin de l'absence de goût, à deux exceptions près. Il possède des élytres et deux paires d'ailes dessous. Les premières ont une consistance de feuille de nori, heureusement elles n'en ont pas le goût, et les secondes sont très souples, ce qui les rend difficiles à mâcher et à avaler. Autre différence, le thorax contient un espèce de gros truc dur au milieu, noir, sans goût mais qui résiste sous la dent.

 

Tranché en morceaux, il cessait de chanter

Tranché en morceaux, il cessait de chanter

Trophée de chasse ?

Trophée de chasse ?

Dans l'ensemble les insectes sont sans grand intérêt, croustillants, un peu gras, salés mais après tout n'est-ce pas pareil pour les chips ? Tout est dans l’assaisonnement. Si les insectes frits ne nous font presque plus peur, la grenouille c'est tout autre chose.

 

Je croa que ça va être mauvais

La grenouille qui voulait être plus sèche que le bœuf

Une vision d'horreur, sèche, noire, avec une odeur de graisse brûlée,  figée à tout jamais dans son dernier élan pour sortir du wok. Un machin tout dur et tout sec avec encore un morceau de peau souple et élastique sous la tête, des petites griffes au bout des pattes et une matière noire qui sort de la cage thoracique explosée. A côté, les insectes c'est limite petit joueur et pourtant on apprécie les cuisses de grenouilles à la poêle. Déjà que dans une grenouille normale il n'y a pas beaucoup à manger, mais là après friture il semble ne rester que la peau sur les os. Ça et les yeux morts, ...

 

Kermit frit

Je crôa que ça va être mauvais

On a tout fait pour temporiser, on a même bien failli renoncer rien qu'en la voyant et en imaginant le goût répugnant, les textures immondes, les bouts d'organes visqueux et tous ces petits os... Pour se motiver, on y est allé crescendo, de bas en haut, des extrémités arrières jusqu'à la tête, du plus soft au pire. A priori tout ici se mange, même les os, en même temps il n'y a pas grand chose d'autre... La grenouille a un affreux goût d'algue, très amer avec des relents de terre ou de vase bien écœurants, sûrement dû à la peau. En comparaison les insectes sont un plat quatre étoiles. Tout a un sale goût, oscillant entre le simplement mauvais et le franchement dégueulasse, et tout est dur. Des os, des os et encore des os. Il faut les broyer avec les dents. Ça laisse des petits bouts partout, mais on y arrive. Seul un bout d'os du haut de la cuisse nous a résisté. Les pattes sont loin d'être le pire, la cage thoracique est affreuse et la tête sèche a un goût de terre. Beurk. La prochaine fois vous pourriez nous rapporter juste un T-Shirt ?

 

Verdict :

Giraf

 ★☆☆☆☆ 

Si j'ai trouvé les insectes très mangeables car le goût de terre habituel transparaît rarement grâce aux épices. La grenouille est, elle, un plus grand défi. De la peau au goût d'algue cachant presque uniquement des os. Désagréable à souhait, à des lieues de bonnes cuisses de grenouilles à l'ail et au persil. Cet assortiment des marais est le genre de cadeau dont on se passerait bien, il ne mérite qu'un jambon frit surtout à cause de Kermit.

Kephy

 ★☆☆☆☆ 

Il ne faut pas cracher dans la soupe, j'admets avoir peut-être, éventuellement, à la limite, demandé à ce qu'on nous rapporte des insectes de Thaïlande. En voyant ce tas d'immondices, une pointe de regret se fait sentir... Nous avions jusqu'à présent goûté des insectes de taille raisonnable, ce qui limitait l'impact visuel ; cette fois-ci, les bestioles sont grosses, vraiment grosses !
Si finalement les insectes sont mangeables après avoir dépassé le dégoût initial, la grenouille est une autre histoire. On commence par se dire qu'il n'y a rien à manger si on gratte autour des os, avant de finalement manger l'os avec... C'est dur, mauvais et visuellement écœurant, une vraie partie de plaisir, qui donne lieu à une note à sa mesure : un jambon à l'os.

 

PS : Rapportés de Thaïlande par Sam et Sarah que l'on remerciera comme il se doit, avec une tête de cheval dans leur lit par exemple.

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