Qui a la plus grosse ?

Sous ce titre racoleur se cache une innocente question : quelle est la bière la plus forte au monde ? J'attends vos réponses. Toi là au fond. La Bavaria 8.6 ? Bon début, mais elle ne fait que 7,9% depuis la sortie d'une loi taxant les bières de plus de 8,5%, loi qui a d'ailleurs été abrogée depuis. Allez vous pouvez faire mieux, cherchez un peu. Amsterdam Maximator ? Erk, toi tu sors, tu as trop mauvais goût. Elle fait 11,6%, mais quitte à citer une bière dans les 11%, prenez au moins une bonne bière, comme la Rochefort 10, une trappiste de 11,3% qui fait partie de mes bières préférées. Toi le rouquin qui lève la main ? Belzébuth ? Ça aurait été une bonne réponse en 1997, à sa sortie. Elle avait décroché le titre de bière la plus forte du monde avec 15%, elle est maintenant à 13%.

Brew Dog, beer for punks

15%, c'est votre maximum ? Vous êtes vraiment loin de la réponse, très loin. Il faut savoir que bière la plus forte du monde est un titre très prisé et quelques brasseurs allemands, écossais et hollandais se font une impitoyable guerre pour le remporter.

Voici une petite rétrospective, en partant de 2007 (la guerre faisait déjà rage avant).

  • Schorschbräu, une brasserie allemande, sort sa Schorschbock en version 31%
  • Brewdog, une jeune brasserie écossaise, sort peu après la Tactical Nuclear Pinguin à  32%
  • Battue d'un petit degré, Schorschbräu réplique avec une version 40% de la Schorschbock.
  • Brewdog décide de couler ce record avec la Sink the Bismark à 41%. Le nom est une petite boutade destinée à son concurrent allemand.
  • Réplique de Schorschbräu : Schorschbock à 43%
  • Koelschip, le hollandais, s'impose ensuite avec la  Obilix à 45%
  • Brewdog décide d'enterrer ses concurrents et frappe un grand coup, la End of History à 55%. Cette bière est destinée à venger la mort de MrStoat (hermine en anglais) tué à coup de saucisse par d'insidieux allemands de la brasserie Schorschbräu. Brewdog a d'ailleurs défraillé la chronique avec cette bière, car le corps même de MrStoat sert de fourreau aux bouteilles. Comble du luxe ou du mauvais goût ? On trouve aussi une version dans un écureuil empaillé.
  • Fin de l'histoire ? Non, Koelschip sort la Start the futur,  60%.

Où s'arrêtera cette course à qui a la plus grosse ?

La question suivante doit vous effleurer l'esprit : une bière si alcoolisée peut elle être bonne ? J'ai réussi à me procurer une Tactical Nuclear Pinguin et une Sink the Bismark pour tenter d'y répondre. Si vous vous demandez comment on fait pour faire une bière aussi forte, vous allez devoir patienter un peu. Je garde cette question pour la deuxième partie de cet article. En effet j'ai décidé de vous présenter les deux bières séparément. Je vous dirai juste que ce genre de bière est obtenue par congélations successives. Aujourd'hui nous verrons donc uniquement la moins forte. 32% c'est déjà pas mal. Elle a été développée dans une usine de crème glacée.

Un manchot amoureusement dessiné à la main

No Penguins were harmed in the making of this beer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La bouteille est emballée dans du papier avec un manchot amoureusement dessiné à la main dessus. Si si je vous assure, c'est un manchot. Ils ont juste dû le dessiner après avoir bu une de leurs bières. Le papier est maintenu en place par une ficelle, à laquelle est aussi accroché un astucieux bouchon. Ce bouchon permet de refermer la bière après avoir retiré la capsule. Une bière à 32% ça ne se boit pas en un coup (enfin ça dépend), et on peut donc la refermer et la consommer peu à peu les jours d'après. L'étiquette ne mentionne cependant pas le temps de conservation maximum.

Justement, parlons-en de l'étiquette. Outre le beau 32% fièrement affiché, elle est plutôt sobre : noire avec des lettres d'argent. L'arrière est à l'image de James Watt (l'empereur manchot) et Martin Dickie (l'assistant de l'empereur manchot) : complétement barrée. On nous informe qu'aucun manchot n'a été blessé pendant la fabrication de cette bière mais que quelques hommes ont attrapé très froid. Ils disent que ça en valait la peine, nous en jugerons. On nous indique que cette Über-imperial stout se déguste en petite quantité avec une nonchalance aristocratique. Ils veulent ainsi nous indiquer qu'on est plus dans l'esprit whisky raffiné que bière de chantier. Je vous conseille vivement de regarder la vidéo de cette bière sur leur site. On y voit un homme à poil dans l'entrepôt réfrigéré, ça doit être un de ceux qui ont pris froid, et un même chien manchot. Ils nous expliquent à la fin qu'ils ont passé tellement de temps dans la fabrique de crèmes glacées qu'ils sont devenus des pumans (half pinguin / half human), et qu'ils ont le sens de l'humour d'un humain, les capacités poissonnières d'un manchot et la puissance d'un bébé loup. Si c'est pas beautiful ça.

32%

Les ingrédients d'une bière sont toujours les mêmes, je ne m'attarderai donc pas dessus. Il est grand temps de le goûter, ce manchot. Je verse la bière dans un verre à shot ; une contenance idéale pour ce genre d'alcool. Premier constat en la versant dans le verre, elle ne mousse quasiment pas. Les bulles sont très fines et sont même rares, on est loin des classiques à ce niveau là. Comme on pouvait s'y attendre la couleur n'est pas vraiment celle d'une bière de base. Elle est assez opaque, brune avec des reflets ambrés. On est dans la gamme de couleur d'une Kwak mais en plus foncée, un peu en deçà d'une Rochefort 10 ou d'une Kasteel Beer brune. Plus on arrive vers la fin, plus elle est foncée, en raison du dépôt de levure la rendant de plus en plus trouble. L'odeur est assez déroutante, elle rappelle plein de choses, mais difficile d'y associer un nom. Elle sent très fort, une odeur entre une Rochefort 10 pour le coté fruité/boisé et un barley wine pour le coté alcool. Elle a plein de senteurs, une odeur grillée, comme du pain, et du chocolat. Elle a aussi un petit coté produit chimique, comme la lasure pour le bois.

 

A boire dans un petit verre

Je me jette à l'eau (de l'arctique) avec une mini gorgée. Cette bière est assez sirupeuse mais tout de même liquide, on reste loin d'un hydromel półtorak. On sent bien l'alcool, on s'en serait douté, mais pas que ça, cette bière a vraiment du goût. La sensation de force de l'alcool picote même la langue et fait frissonner à la première gorgée. Outre l'alcool, l'amertume prédomine sur le reste.

Au départ, elle est liquoreuse. Ensuite très vite arrive un goût fort : un goût de pain grillé, voir de chocolat noir et un petit quelque chose de réglisse, il est accompagné d'une amertume moyenne. Ensuite cette dernière se renforce, et la langue commence à piquer. On entrevoit vraiment sa force en alcool. Dès qu'on avale, on a un sursaut d'amertume, celle-ci atteint alors son apogée, et d'alcool. Après avoir avalé, un arrière goût très alcoolisé et un peu fruité arrive. Ce me rappelle les vodkas de triple fermentation et me fait même un peu penser à la goutte de mirabelle. Le goût reste très longtemps dans la bouche et surtout dans le palais.

D'une manière générale, on ressent plusieurs phases dans l'amertume, elle débute moyennement pour finir sur une sensation très très amère. Elle rappelle la Rochefort 10, mais la force et l'amertume font ici dans la démesure.

Astucieux

 

 

Un petit détail, après coup mes lèvres et ma langue picotent. Mais la sensation est différente de celle liée au piment. C'est plutôt étrange mais presque amusant. Pour la conservation, au 2ième jour elle a fait une petite "détonation" causée par les gaz à l'ouverture. Après 2 jours et demi, la bière se fait plus acide. Je pense que le temps conservation maximale pour garder cette bière intègre est dans les 3 jours.

 

 

Après 2 verres, malgré leur petite taille et une dégustation lente, on s'aperçoit qu'elle tape bien. Les photos ci-dessous schématisent l'action de cette bière.

Avant

Après

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Verdict :

Giraf

 ★★★½☆ 

Tout d'abord, laissez moi vous dire que l'expérience fut vraiment très intéressante. Si on fait abstraction de la force et du goût d'alcool, les notes générales sont vraiment plaisantes. Au départ, elle m'a laissé un peu perplexe, l'omniprésence de l'alcool et l'amertume presque excessive m'avait un peu rebuté. Je lui aurait attribué un demi jambon d'argent. Mais à force de la déguster (dégustation par petites doses et étalée sur plusieurs jours), j'ai commencé à bien l'apprécier. On n'est bien évidement pas dans un produit de consommation courante et le prix est quand même prohibitif, mais la Tactical Nuclear Pinguin a vraiment du charme. Ce n'est pas qu'une simple bière forte pour battre un record, on sent que les petits gars de Brewdog maîtrisent leur sujet bièristique. Je décerne un demi jambon d'or.

Kephy

 ★★☆☆☆ 

Il n'était initialement pas prévu que je goûte cette bière, le prix prohibitif rendant chaque goutte précieuse, mais Giraf a fini par se délester d'un petit flacon, probablement pour le plaisir de me faire souffrir.

Je ne suis pas expert en alcools et encore moins en bières, cet avis est donc celui d'un néophyte. Côté odeur, cette bière se trouve entre du Mei Kuei Lu (alcool de riz généralement servi dans les restaurants chinois) et du whisky. Une fois en bouche, elle commence par picoter la langue. Une forte amertume est immédiatement présente. On sent rapidement un goût boisé, comme le whisky. On note de nombreux parfums et sensations que je ne saurais pointer du doigt, je me contenterai donc de dire que ce n'est pas franchement bon... Je n'en ai cependant pas consommé autant que Giraf, peut-être mon avis aurait-il également changé à la longue. Après consommation, on ressent de nouveau un picotement plutôt amusant.

Je ne consommerais pas cette bière par plaisir, à vrai dire je n'en consommerai probablement plus jamais, cependant, je lui octroie un jambon de bronze pour la performance que représente sa réalisation.

 

PS : trouvable sur la boutique de Brewdog, au prix de 35£ la bouteille de 33cl. Et oui, c'est cher. Cependant elle est parfois vendue conjointement avec une Sink the Bismark, pour 69£50. Avec un peu de chance, on peut aussi trouver un code de réduction valide.

Półtorak
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4 réponses à “Qui a la plus grosse ?”

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