Chocolat au durian, Noël puant

J'adore Noël, les décorations pleines de couleur et de lumière, la joie, les bons petits plats, la bonne odeur du sapin, la neige, la chaleur du feu dans la cheminée, les paquets cadeaux chatoyants, le joufflu père Noël, les indigestions, les kilos en trop, les repas rébarbatifs, les pulls moches, les histoires de famille, les magasins bondés, les cadeaux au mieux décevants, la mièvrerie, les sourires forcés, l'hypocrisie et le consumérisme. Punaise, en fait je déteste Noël. Le moment idéal pour ouvrir une boite de chocolats au durian, le fruit qui pue. Un cœur d'oignon pourri enrobé d'une fine couche douce et sucrée et emballé dans un écrin raffiné, une vraie métaphore de Noël.

 

Métaphore de Noël

Métaphore de Noël

 

Le durian est un fruit d'Asie du sud-est, de forme ovoïde avec une carapace recouverte d’épines ; épines qui lui ont donné son nom, duri signifiant épine en malais. L'aspect extérieur rappelle celui d'un litchi, mais en "légèrement" plus gros, le durian pouvant dépasser les 35cm de long et 15cm de diamètre pour un poids de 5kg. Si le durian est surtout connu ce n'est pas pour sa taille remarquable ou sa forme, mais pour l'odeur pestilentielle qu'il dégage à mi chemin entre le vomi, les égouts et la pourriture ainsi que le goût tout particulier de sa chair, aux notes d'oignons moisis. Étrangement ce n'est pas cette énorme particularité qui fut retenue au moment de nommer ce fruit, son découvreur devait avoir le nez bouché ce jour là. Personnellement nous l'aurions nommé busukan, du malais busuk qui veut dire pourri.

 

Durians (1)

Durians (1)

 

Ce n'est pas notre première rencontre avec ce fruit, et nous vous conseillons notre précédent article sur le sujet où nous l'avons testé en gaufrette, en bonbon et en arôme liquide pour la pâtisserie. En France, on peut en trouver dans des magasins type Tang Frères ou Paris Store sous différentes formes y compris frais. Enfin frais, .... pas sûr que ce mot soit celui qui convienne le mieux dans ce cas.

 

Avertissement de rigueur

Avertissement de rigueur

 

Cette fois-ci nous avons goûté des chocolats au durian rapportés de Malaisie (le nom du pays viendrait-il d'un malaise provoqué par l'odeur du durian ?) par un collègue trop content de s'en débarrasser. Ces chocolats se présentent sous forme de billes de chocolat au lait, avec au centre du véritable durian déshydraté. L'emballage est travaillé avec une impression en relief et des parties glacées, très chic, façon souvenir de luxe d'aéroport. Propre et raffiné, seuls les avertissements bien cachés sous le paquet évoquent la vraie nature du produit : Warning ! Durian odour might be inconvenient to some people. Strictly do not open or consume on board. En substance, attention, l'odeur peut occasionner une gène chez certaines personnes, ne pas ouvrir ou consommer à bord. Des avertissement justifiés, on imagine aisément l'horreur d'un trajet de 8h dans une atmosphère close emplie de durian, bien qu'aucune statistique officielle ne référence les accidents de ce type.

 

Billes d'oignon

Billes d'oignon

 

Rien ou presque ne permet de différencier ces billes de chocolat au cœur odorant d'autres plus classiques. L'odeur de chocolat au lait tout à fait banal est engageante, et seule une timide pointe piquante au nez peut inspirer une certaines méfiance. La supercherie est de courte durée, et ne résiste pas au premier coup de dent qui entame le cœur fruité. Les 2-3mm de chocolat qui recouvrent le morceau de fruit ne sont pas suffisants pour en masquer le goût. Celui-ci emplit la bouche et l'odeur piquante remonte par la gorge jusqu'au nez. Il est assez difficile de décrire le durian à qui n'en a jamais goûté mais le plus proche serait certainement de l'oignon cru, vieux, presque pourri, mais tout de même sucré, mâtiné d'une lichette de soufre, d'essence et de chaussettes sales en complément pour l'odeur. Cela donne un peu l'impression de manger un oignon cru dans une station essence. On retrouve d'ailleurs le même piquant que l'oignon, et cette odeur insidieuse et piquante finit par coller mal à la tête.

Le contraste est frappant entre l'oignon fort et le sucré, ce qui rend le durian très atypique pour un fruit. Ici cet étrange mélange est encore plus accentué par la présence du chocolat au lait sucré, rendant le tout d'autant plus bizarre. Notons la texture plutôt appréciable. La déshydratation confère au fruit une texture sableuse friable, façon biscuit, qui rappelle les billes biscuit/chocolat type KitKat Ball. Est-ce bon pour autant ? Pas vraiment, autant on finit par s'habituer au durian, voire même à l'apprécier (à petite dose), autant son mariage au chocolat passe mal. Le durian ne gagne pas à se mélanger avec d'autres saveurs marquées et trop éloignées, les gaufrettes au durian passaient mieux. Ces chocolats laissent un petit goût de vomis et d'oignons en bouche, mais n'est ce pas ça le véritable esprit de Noël ?

 

Verdict :

Giraf

 ★★☆☆☆ 

Je supporte assez bien le durian, même si je n'en ferais pas particulièrement une consommation pour le plaisir. Mais ici le mélange choco durian ne fonctionne pas tout simplement. Seul le potentiel blaguesque de ces chocolats à l'aspect innocent leur octroient un jambon de bronze.

Kephy

 ★★☆☆☆ 

Cela faisait un petit moment que nous nous étions tenus éloignés du durian, et ces billes ne tardent pas à faire remonter des souvenirs. Contrairement à Giraf, je ne suis pas gêné par le mariage du chocolat avec le durian, le chocolat restant assez discret face à cette sensation durianesque qui envahit le nez et la bouche dès que les dents ont fendu la bille ; sensation qui prend ses aises et reste un long moment avant de s'estomper. L'ensemble n'est pourtant pas si désagréable - peut-être une question d'accoutumance - et je me surprends à picorer le paquet en rédigeant ce texte. Mais remettons les choses dans leur contexte : ces billes restent un produit à ne pas mettre dans toutes les bouches, et ne mérite pas plus d'un jambon de bronze.

 

PS : Rapportés de Malaisie par José et Tim que l'on remercie.

1. Photo par G.Mannaerts sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.

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Pour un article lu, trois offerts :

Une réponse à “Chocolat au durian, Noël puant”

  • Tonton Frankie:

    Je comprends maintenant pourquoi l’instrument national des Grecs est le bouzouki, sur lequel ils jouent leur musique pourrie 🙂 Merci Giraf !

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