Une bonne bouchée de boue

On ne le dira jamais assez, il faut laisser sa chance au produit même quand il ressemble à un mélange de terre glaise et d’excréments. Un proverbe qui colle particulièrement bien au huitlacoche, un mets mexicain que l'on a découvert dans un top des pires choses que l'on peut trouver en conserve, au milieu d'autres joyeusetés peu engageantes comme le poulet entier (vous aussi ça vous fait penser à Martha Stewart ?). Devant une telle bouillie noirâtre on ne peut que s'exclamer ¡Híjole! On devine aisément qu'elle contient du maïs, mais pour le reste... Manger du maïs malade ça vous dit ? Et bien le huitlacoche c'est exactement ça. On vous en dit plus pas plus tard que ahorita.

Sans Miguel et sans reproche

Le huitlacoche ou cuitlacoche est le résultat d'une maladie, le charbon du maïs, causée par le champignon ustilago maydis. Les grains de maïs infectés développent des tumeurs noires qui les rendent hypertrophiés. A leur simple vue, une personne censée n'aurait jamais l'idée d'en manger et y mettrait plutôt le feu pour détruire ces abominations avant que le maïs ne développe une conscience et n'attaque les humains. Petite note mentale : ça ferait un chouette film ça, l'attaque du maïs mexicain mutant tueur. Pourtant au Mexique on en mange et depuis longtemps même, les Aztech en consommaient déjà. Pire, il est considéré comme un mets raffiné, et n'est pas à la portée de toutes les bourses. La plupart du temps, le huitlacoche est préparé avec un soupçon de maïs sain, d'oignon et d'huile, pour donner une garniture qu'on croirait issue de la rencontre d'une marée noire avec un champ de maïs un jour de pluie. On peut l'utiliser froide ou chaude dans des salades, soupes, tacos, ...

Maïs à la sauce Erika

Le huitlacoche est un aliment au goût acquis, un goût que l'on n'a pas naturellement mais qui s'acquiert. En clair, c'est le genre d'aliment que l'on a toutes les chances de détester la première fois, mais qu'on apprend à apprécier et qu'on finit par aimer à la longue, comme le café, les huîtres, le haggis, le hákarl, ... Ceci explique peut-être son utilisation par certains grands chefs cuisiniers. Côté nutritionnel, le huitlacoche est assez peu calorique avec 62kcal pour 100g.

On ne savait vraiment pas à quoi s'attendre en ouvrant la conserve, et bien on a été assez surpris par l'odeur. A la place de l'odeur de boue qu'on s'imaginait, on découvre une odeur étrange de tomate basilic, et de pizza, avec un soupçon de champignon en fin, ce qui contraste vraiment avec la couleur. L'aspect ne donne vraiment pas envie : noir, visqueux, avec des poils (oui le maïs mexicain ne s'épile pas) et des morceaux non identifiables, et pour couronner le tout ça tache très bien, comme de l'encre. Il n'y a qu'à voir l'état de l'assiette après coup pour imaginer l'état de nos dents. La texture, elle, est assez spéciale, gluante, molle mais un poil granuleuse par endroits.

Et le goût dans tout ça ? Et bien bonne question. Il est très complexe, on a un peu l'impression que chaque bouchée fait ressortir un aspect différent. La première bouchée a laissé une impression sympathique au début, un bon goût de pizza, avant de finir sur une note très amère, comme du café. La deuxième a fait ressortir maïs et champignons tout en étant grillé. Le goût est assez inégal, mais il y a tout de même une constante, le côté grillé et très amer et le goût très prononcé. On ne peut pas vraiment dire si on aime ou pas, on est un peu passé par tous les stades : c'est pas mal, c'est horrible, sympathique, ouch, finalement c'est bon, sabe a madres, ...

Spicy fajita, aïe aïe aïe !

On ne pouvait pas faire l'impasse sur une dégustation du huitlacoche comme garniture d'un plat mexicain. On a dont préparé des faijtas de poulet, très bonnes et avec de belles couleurs, que l'on a pourries avec notre bouillie noirâtre, chauffée au préalable. Graphiquement le résultat parle de lui même, c'est mieux sans. Niveau gustatif, c'est mieux sans, mais si on n'en met pas trop le goût est plus discret que dégusté à la cuillère et cela enrichit le plat d'une note grillée/amère/champignon/maïs.

 

Verdict :

Giraf

 ★★★½☆ 

Singulier mets que ce huitlacoche, un aspect répugnant, une nature maladive et un goût complexe et amer. C'est vraiment très particulier, à tel point que je ne saurais même pas dire si j'ai plus apprécié que détesté ou inversement. En tout cas c'est vraiment une expérience à tenter, surtout dans des fajitas. Notre ami le champi remporte donc un demi jambon d'or (propre et sans poil).

Kephy

 ★★★☆☆ 

Ah, le huitlacoche... proposé à mes collègues il y a maintenant longtemps, il est encore dans toutes les mémoires ! A l'ouverture de la boite, une odeur complexe rappelant la pizza, les gâteaux apéritif pizza, la sauce tomate origan et le maïs s'en échappe. Mais elle tourne rapidement pour perdre l'agréable senteur de pizza. Il a fallu se forcer un peu pour mettre cette horreur visuelle en bouche, mais c'est moins mauvais que ça en a l'air. Le goût est cependant étrange et inégal. Dans les fajitas, ça donne du goût et le résultat n'est pas franchement mauvais, mais ça reste mieux sans. En fait, tout l'intérêt du huitlacoche réside dans son côté répugnant qui cache un goût passable ; mettre une note est donc difficile, mais un jambon d'argent fera l'affaire.

PS : Trouvable sur CasaMex, 7€50 la boite de 215g.

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Pour un article lu, trois offerts :

7 réponses à “Une bonne bouchée de boue”

  • Axille:

    Je n’en avais jamais entendu parler. Le produit porte vraiment bien son titre visuellement.. Mais 7€50 pour un gout allant de la pizza au maïs en passant par le café je passe mon tour !

    Un « plat » régional spécial que j’avais gouté en Grèce il y a quelques années c’était des dolmas (feuilles de vignes farcies au riz) baignant dans l’huile en boite de conserve, au petit dej (bon normalement c’est pas prévu pour ce repas là) c’était particulier, si vous avez l’occasion ! Après à part au petit dej je ne suis pas sûre que ça inspire au dégout mais personnellement je n’ai jamais pu y regouter par la suite.

  • Petit rappel pour nos lecteurs, si vous aimez Eat’n Waf et les girafes n’hesitez pas à voter pour nous aux Golden Blog Awards 2012 (c’est par ici que ça se passe)

  • […] Si leur odeur est à peine plus désagréable que celle des œufs "normaux", c'est, comme le huitlacoche, visuellement qu'ils font leur petit effet. Si on fait abstraction du fait que ça se mange, on […]

  • […] années passèrent et le duo enchaina les faits d'armes remarquables : leur combat contre le champignon mutant mexicain, l'énucléation à la fourchette du monstrueux mouton islandais, ou leur résistance face aux […]

  • […] Il y avait pourtant de quoi faire avec le Mexique : cactus, piment/citron vert, jalapeño, taco, huitlacoche, drogue, … Trouvable en GMS, environ 3€90 le paquet de […]

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