Fin de la traque

Il a fallu 3 ans. 3 ans d'une longue et intense traque pour enfin débusquer cet animal mythique : le crocodile de région parisienne. Un animal fuyant qui ne sort qu'aux périodes de Noël et qui évitait jusqu'alors toutes mes embuscades au bac à gibiers de Auchan. Mes pièges ne se sont pas révélés tout à fait inutiles puisqu'ils ont tout de même permis d'autres prises intéressantes : kangourou et zèbre il y a 2 ans, dromadaire retors en 2013 et même cette année un lama urbain, une espèce endémique de Bordeaux, le plus dur n'étant pas de le repérer mais de le faire monter dans le tram.

Un chasseur sachant chasser

Un chasseur sachant chasser

 

Comme toujours avec les gibiers exotiques Maître Jacques, la viande capturée est certes discrète mais peu vivace, déjà piégée sous vide avec une sauce. Directement prête à l'emploi. Un peu trop d'ailleurs, car d'expérience la marinade en plus de permettre de cacher certaines choses, masque le goût parfois subtil de ces viandes spéciales. Quel est l’intérêt de débusquer du crocodile si c'est pour qu'il ressemble à n'importe quelle autre viande en sauce ?

Le crocodile sauvage aime se cacher sous la sauce pour approcher ses proies

Le crocodile sauvage aime se cacher sous la sauce pour approcher ses proies

 

Le crocodile vient malheureusement avec une sauce curry vert aux arômes marqués bien à même d'annihiler toute autre saveur. Un fantastique prédateur à la mâchoire puissante, doublé du plus évolué des reptiles avec son cœur à 4 cavités, traité comme un vulgaire poulet thaï... Une fin presque aussi honteuse que de finir fourré de bric-à-brac en bandoulière d'une riche. Un choix de sauce d'autant plus regrettable que l'animal vient d'Afrique du Sud et la sauce d'Asie.

Schnappi, das kleine Krokodil

Schnappi, das kleine Krokodil

 

La marinade à une forte odeur de citronnelle et la première priorité est de s'en débarrasser. Direction le robinet. Le crocodile est une viande blanche et ressemble beaucoup à du poulet, en un peu plus pâle. D'ailleurs on parle aussi de filet. Elle se laisse facilement découper et semble très peu grasse. Les anciens conseillent de la préparer à la poêle, une dizaine de minute, ce qui semble trop vu l'épaisseur des morceaux et l'action de la marinade.

C’est bourré de vitamines, mais ça a un goût de chiottes ?

C’est bourré de vitamines, mais ça a un goût de chiottes ?

 

Est-ce que la traque de longue haleine valait le coup ? Plus ou moins. La viande est bonne, avec une texture un peu ferme comme une escalope de dinde, en légèrement plus coriace. Pas grasse, pas nerveuse, presque une viande parfaite. Le goût, encore citronné malgré le lavage, est peu marqué et plutôt proche de la volaille. Le choix du curry se comprend mieux. Si le croco est bon, il est étonnamment banal, presque de quoi regretter d'avoir fini par attraper cette baleine blanche et perdu l'exaltation de la chasse.

Dalaï de son petit nom

Dalaï de son petit nom

 

Le lama quant à lui s'en sort mieux et hérite d'une sauce sésame miel à priori moins prononcée. C'est toujours mieux qu'une sauce au crachat de l'animal, ou pire au quinoa, mais encore une fois l'utilisation d'une marinade est regrettable. Le sachet ne contient pas le titre de transport TBC de l'animal, niveau traçabilité on fait mieux. On ne saura jamais s'il payait plein tarif ou s'il s'agissait d'une veuve de guerre bénéficiant d'une réduction. En tout cas il vient du Chili.

Serge !!!!!

Serge !!!!!

 

Cette viande contraste beaucoup avec le crocodile, même si on exclut les graines de sésames qui constellent sa surface. Là où le crocodile est fin et blanc, le lama est massif et foncé, brun rouge. Le lama est un cousin du dromadaire, ce qui quand on connait le bestiaux ne donne pas très envie d'y gouter. Mais la découpe est plus facile, laissant présager une viande plus tendre. Les rites mapuches conseillent de passer les pavés 5 minutes à la poêle.

D'aventures en aventures

D'aventures en aventures

 

Le lama est un animal caractériel et sa viande ne se laisse pas faire non plus : elle est moyennement tendre avec quelques nerfs ça et là, pas vraiment fondante mais pas une carne non plus. Elle est censée contenir plus de protéines que le porc ou le boeuf tout en étant moins grasse. Ses arômes sont puissants, plus marqués que du bœuf, un gibier fort qui n'égale toutefois pas la puissance d'un cerf ou d'un sanglier. La sauce interfère moins que dans le crocodile, laissant surtout un arrière goût de sésame qui se mélange au sang. Serge se laisse manger sans être succulent non plus.

 

Verdict :

Giraf

 ★★★☆☆ 

J'ai enfin pu mettre la main sur du crocodile, viande avec laquelle j'avais un compte à régler depuis que j'avais loupé un crocodile épicé aux ananas à Cuba. Rien à redire, cette viande est bonne et elle aisément remplacer le poulet à la cuisine. Elle manque un peu de goût mais cela me convient. Sa plus grosse faiblesse est ici sa sauce forte en citronnelle qui résiste même à un rinçage énergique et je n'aime pas la citronnelle. Le lama, lui, n'était pas ma cible mais il s'est interposé entre le reptile et moi. Un dommage collatéral très moyen : fort en goût et pas vraiment tendre. Le crocodile ne mérite qu'un demi jambon d'or à cause de sa sauce et le lama tout juste un demi jambon d'argent, ce qui donne en moyenne un jambon d'argent.

 

 

PS : Trouvable en grande surface, environ 9€ les 2 filets de crocodile (0,250g , 35€99 au kilo) et 8€70 les 2 pavés de lama (0,290g, 29€99 au kilo).

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4 réponses à “Fin de la traque”

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